Les volcans… ils sont partout en Indonésie : le pays se situe sur la ceinture de feu du Pacifique, zone de friction tectonique qui
regroupe 90% des volcans actifs du monde.
Parmi eux, le célèbre Kelimutu et le Inielika.
Celui-ci, nous voulions nous y rendre car il a la double particularité d’être constitué de dix cratères et d’être entré en éruption très récemment, en 2001.
Pas simple de nous y rendre puisque dès l’arrivée en bas de la montagne, les villageois ont refusé de nous indiquer le chemin, du moins sans qu’on leur verse un bakchich. La solution ? Feindre le
départ et contourner le village en partant de plus loin, en laissant la voiture avec le chauffeur pour éviter les représailles éventuelles. Un moment de tension, mais tout est rentré dans l’ordre
puisque nous avons fini par récupérer le chemin et démarrer l’ascension de l’Inielika. Deux heures de marche et nous arrivons à un premier cratère, sans lave ni lacs acides, mais boisé d’une
végétation desséchée en son centre, signe de l’activité récente du volcan.
Mais ce que nous recherchons se situe un peu plus haut, à 1160 mètres d’altitude : voilà le cratère entré en éruption en 2001, soit un siècle après sa dernière éruption.
Ce cratère est gigantesque et mesure plusieurs centaines de mètres.
En son centre, 3 lacs de mercure lui confèrent une couleur rouge-orange caractéristique de l’oxydation du mercure au contact de l’air.
Au sol, une plaque posée par les rangers 24 heures plus tôt montre à quel point le site est nouveau et non encore fréquenté par les hordes de touristes.
Mais cette plaque sous-entend par ailleurs qu’aucun chemin de randonnée n’est encore définitivement établi : quelques piquets de bois plantés à ras de terre semblent indiquer un chemin par la
gauche. Nous nous y rendons jusqu’à un sommet d’où la descente nous paraît incertaine. La pente est raide, très raide, et il ne faudrait pas se risquer à tomber dans le mercure.
Quelques pas en s’accrochant aux restes de racines calcinés par la chaleur de l’éruption, et nous dérapons. Impossible de poursuivre, nous cherchons une autre voie d’accès. Néanmoins, l’éruption
a laissé une couche de cendres et de fins cailloux qui s’effrite et se détache facilement du sol. Nous hésitons donc à renouveler l’essai.
Conscient du risque mais tenté par la descente, Eric choisit de repartir, cette fois sur le côté droit. Pour assurer la voie et venir en aide en cas de pépin, un villageois, posté en haut du
cratère, l’accompagne.
Après 20 minutes de descente au pas de course, les voilà en bas, face à un spectacle d’une rare beauté. Les bords du lac sont une croûte de poussière craquelée sous l’effet de la chaleur et de
l’évaporation.
Un trou de 3 mètres de diamètre marque l’emplacement d’où a jailli le mélange de poussières et de gaz.
On devine au vu des troncs d’arbres calcinés l’intense chaleur qui régnait ici.
Vus d’en bas, de longs troncs lisses et blanchis présentent des branches noircies tournées vers le ciel.
Le spectacle est aussi étonnant observé d’en haut, avec une « vallée » au sol blanc et orange apparaissant comme plantée d’allumettes.
Le silence et la beauté du lieu contrastent singulièrement avec le bruit et la violence du chaos qui a créé ce cratère.
Il est désormais temps de remonter, ce qui semble beaucoup plus délicat en raison du risque de chute en arrière. Alors qu’Eric grimpe
à 4 pattes, le guide quitte ses sandales et fait tranquillement l’ascension pieds nus.
La pente est pourtant dure de ce côté-là du volcan, on reconnaît la pente raide du début qui nous semblait impossible à descendre…
Après un tel spectacle, impensable d’en rester là sans avoir vu le fameux Kelimutu !
Ce volcan-là, qui possède trois lacs de cratère de couleurs distinctes, est entré en éruption pour la dernière fois en juillet 1968.
Nous nous y rendons de nuit, pour ne pas manquer le lever de soleil au-dessus du volcan.
Alors que le soleil apparaît au-dessus de l’horizon, le ciel se dégage peu à peu et laisse apparaître les lacs du Kelimutu. Il est 6 heures, il y a maintenant déjà une quinzaine de personnes…
Bien que l’on aperçoive un short sur la photo, il fait froid, peut-être 8 à 10°C.
Dans la légende indonésienne, on raconte que l’âme des morts vient se jeter dans ces lacs, qui doivent leur différence de couleur à leur composition en minéraux, unique et instable, si bien que
les couleurs changent avec le temps.
Le deuxième lac, qui a l’un des côtés du cratère en commun avec le lac bleu, est de couleur « Coca-Cola » :
On distingue très nettement sur les parois les différentes couches de roche et de minéraux :
Un touriste inconscient brave l’interdiction et monte aux abords du cratère. Les interdictions ont pourtant été établies suite à plusieurs chutes mortelles au fond des lacs… (ici, la pente est
trop raide pour espérer pouvoir remonter).
Enfin, le dernier des 3 lacs, de couleur noire, est en bas d’un grand trou dont les bords sont encore préservés et où de nombreux arbres ont poussé, aidés par un sol devenu particulièrement
fertile.
Et voilà ! Après plusieurs heures passées à contempler le Kelimutu, nous faisons route vers l’hotel afin de finir la nuit… et ça, ça fait plaisir !
"Il n'y a d'homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie." Alphonse de Lamartine
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