Nous y voilà : Encarnacion, au sud du Paraguay. Après une semaine dans le pays, nous nous trouvons dans la ville de départ pour la visite des Missions Jésuites. Ces ruines sont classées au Patrimoine Mondial, et pourtant… à Encarnacion, pas de touristes. Les ruines sont peu médiatisées, le pays est encore très peu fréquenté. Et pour cause, les infrastructures ne sont pas toujours au rendez-vous. Un hôtel, nous en trouvons un sans difficultés. Mais nous sommes les seuls clients... Un restaurant, c’est plus difficile, il faut marcher plusieurs blocs. Un bus jusqu’aux ruines, ça devient compliqué ! La recette ? Aller au terminal de bus, le lieu le plus animé de la ville. Il faut dire que nous sommes au sud du pays et de nombreux bus partent en direction du Brésil et de l’Argentine. Une fois sur place, attendre. Pas d’horaires affichés, il faut interroger chaque chauffeur pour savoir si son bus passe du côté des ruines. Et une heure plus tard… oui, nous en trouvons un. Il nous dépose à un kilomètre des ruines de Trinidad, sur le bord de la route.
Nous sommes un peu perturbés de nous retrouver au milieu de nulle part, sans aucune habitation à des kilomètres à la ronde. Une pancarte indique le chemin, nous empruntons une route pierrée… déserte. Et nous arrivons…
Les ruines de Trinidad… Le plus beau des deux sites classés, le mieux préservé.
Dans un champ de fleurs,
nous n’apercevons d’abord que des arcades où chaque brique semble avoir été gravée au couteau du nom des visiteurs.
La sensation est mitigée. Emus de parcourir tous seuls des ruines si particulières ; déçus de ne pas voir plus, après tant de trajets et de rêves sur ces réductions Jésuites.
Notre visite nous conduit à une grande cour carrée où nous retrouvons une nouvelle série d’arcades. Situées plus à l’intérieur du
site, elles ne sont pas graffées mais en danger néanmoins, d’éboulement cette fois-ci. Des tiges et câbles d’acier maintiennent les murs debout, alors qu’il ne reste plus rien des toits ni des
décorations.
Décevant ?
Peut-être pas. Après tout, au milieu de nulle part, les habitations étaient probablement simples – en bois, aujourd’hui pourri et
disparu – et il est donc normal de ne voir que des façades de briques au milieu de grands espaces verts. Qui plus est, les champs en arrière-plan rendent une belle composition, et nous profitons
de la beauté du paysage.
Surprise ! Au détour d’un mur (encore un !), nous tombons nez à nez avec la ravissante sculpture d’un ange simplement posée
à même le sol.
D’où vient-elle ? De l’ancienne église du village, probablement. D’ailleurs, nous y sommes !
L’église ressemble à un décor de théâtre : un mur coloré qui ne soutient plus rien, une façade et rien de plus. Et pourtant…
nous sommes impressionnés par sa taille :
une quinzaine de mètres de hauteur.
Et l’intérieur de l’édifice révèle d’autres murs imposants, ce qui laisse penser que l’église était certainement le principal
bâtiment de la réduction. Les dimensions sont si grandes qu’il faut composer une photo panoramique pour tout contenir dans une seule image :
Et la construction s’étend aussi sous terre, avec la présence d’une crypte souterraine.
Comme quoi les indiens Guarani avaient eu vite fait d’apprendre l’art de la maçonnerie…
C’est évidemment la première église en briques que nous ayions jamais visité, et pour la fragilité de la construction, il est
étonnant de voir que certains morceaux sont restés en excellent état. Des linteaux de portes…
… aux sculptures qui il y a trois siècles ornaient l’édifice religieux…
… avec en pièce majeure, cette magnifique chaire :
Une vraie merveille…
Et nous quittons le site la tête remplie de ces belles images et de l’ambiance mystique qui s’en dégage.
Le lendemain, nous repartons pour les ruines de Jesus. Un parcours bien plus compliqué que la veille, puisque le bus nous arrête à…
20 kilomètres du site. Une bouteille d’eau et quelques biscuits dans le sac, nous entamons la marche sous un soleil de plomb… mais la chance nous envoie une voiture qui parcourt cette longue
route où nous ne croisons rien. Nous négocions un prix pour le transport et cet habitant de la région accepte de nous conduire…
Des champs, la forêt… et une maison, enfin. Nous ne sommes pas complètement perdus !
Cette fois, aucun panneau n’indique les ruines, nous ne savons pas où le chauffeur nous emmène.
C’est après 25 longues minutes que nous arrivons aux portes du site, où le gardien, presque étonné de recevoir des visiteurs, interrompt sa partie de cartes pour nous vendre un ticket d’entrée.
A nouveau nous sommes seuls et le panorama est splendide :
Cette fois, c’est immédiatement que nous apercevons l’église, alors qu’il ne reste absolument plus rien des maisons alentour… pas même des arcades !
En fait, les dimensions de la nef font davantage penser à une cathédrale :
Etonnamment, les murs restant sont en parfait état, comme si nous étions sur un chantier de construction !
Un étroit escalier dissimulé dans un des murs nous mène au sommet d’une tour d’où nous jouissons d’un panorama
exceptionnel :
Toutes ces images renvoient à une série de questions : comment fonctionnaient les villages Jésuites ? Selon quelle organisation ? Pourquoi ont-ils été créés ? Pourquoi ont-ils été abandonnés ? Combien de temps ce modèle de développement a-t-il duré ?
Voici quelques éléments de réponse illustrés par nos photos des ruines de Jesus…
Au Paraguay comme sur le reste du continent, la couronne d’Espagne a durant 150 ans envoyé des colons s’installer, exploiter les richesses du pays, « éduquer » la population et la convertir au catholicisme, tout en augmentant l’étendue du royaume. C’était l’époque des Missions Jésuites. De onze réductions rassemblant 10 000 chrétiens en 1609, ce nombre a culminé à 140 000 en 1732, à cheval sur 4 pays : Paraguay, Uruguay, Brésil et Argentine.
Les Missions jésuites n’ont pas d’équivalent dans l’Histoire : des ordonnances royales ordonnent de ne pas conquérir les Indiens par la force des armes, mais de les gagner uniquement par les sermons. Il s’agit à la fois d’une entreprise de mission catholique et d’une organisation sociale « utopique » gouvernée par les Jésuites.
Les villages sont construits sur un modèle unique : alors que l’église, l’école et le cimetière sont disposés autour d’une large place, le reste de l’espace est occupé par des maisons disposées selon des lignes géométriques bien précises.
Chaque réduction est dirigée par deux pères Jésuites, le curé et son vicaire. Le matin, la messe précède l’école et le travail. Le
soir, le catéchisme est enseigné aux enfants. Les Indiens adhèrent aux grandes messes du dimanche, en particulier aux chants et à la musique qu’ils apprécient particulièrement.
Les Jésuites supervisent la production des denrées, opérées sur des terres communautaires à l’aide de techniques modernes pour en augmenter la productivité. Ces richesses produites permettent le
développement du commerce extérieur et permettent une économie florissante. Or, l’Etat Jésuite est autonome et n’a envers l’Espagne que l’obligation de reverser un tribut à la couronne royale.
Les Guaranis se montrent si habiles qu’en plus de la production agricole, une production artisanale s’exporte et permet l’importation de vin, de soie et de métaux précieux.
Pour ce qui est de l’organisation sociale des missions, la peine de mort est abolie, des services publics sont instaurés pour les pauvres, ainsi que des écoles et des hôpitaux.
La journée de travail est de 6 heures, comparée à 12-14 heures en Europe. La société guarani devient la première civilisation au
monde entièrement alphabétisée.
Une fois enseigné l’art de la maçonnerie,
les Indiens remplacent très vite les églises de bois par des édifices impressionnants faits de pierres et de briques.
Pour assurer la survie et la croissance de la
réduction, les missionnaires partent souvent dans la jungle à la recherche de tribus païennes à convertir, ou de prisonniers à acheter. Et pour se protéger des attaques des tribus
chasseuses d’esclave venant de Sao Paulo, les Indiens sont autorisés à utilisés les armes à feu.
Aujourd’hui, le guarani est la seule langue locale à être langue officielle dans une nation sud-américaine (le Paraguay). Les Guaranis eux-mêmes ont presque disparu…et rappelez-vous,
il n’y a pas si longtemps, ils ont été parqués dans des réserves suite à l’inondation de leurs terres engendrée par la mise en eau du barrage d’Itaipu…
"Il n'y a d'homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie." Alphonse de Lamartine
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Merci. Il faut en effet du temps et de la détermination, de la curiosité et parfois un peu de courage pour arriver jusqu'au bout du chemin
ED
On est le 6 aujourd'hui, journée un peu particuliere n est ce pas, je ne pense pas a la galette des rois mais de ton anniversaire Laure, alors HAPPY BIRTHDAY TO YOUUUUUUUU
A tres vite
Merci beaucoup Stéphane ! Bonne année 2008 à tous les deux aussi...
Et merci, tu n'as même pas oublié le birthday de Laure, felicitations ! Effectivement pas de galette des rois cette année, ça nous a un peu manqué, mais bon une bonne bouteille de vin avec picadas dans un charmant restaurant à Antigua a été aussi bien !
A bientôt,
ED