Mardi 9 novembre 2010
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Quelques heures de bateau plus tard, nous arrivons sur l’île Amantani.
Du soleil, du relief, une terre aride où presque rien ne pousse, femmes et hommes (c'est exceptionnel) en tenue traditionnelle, flûte en bois, moutons
et filage de la laine : cette peinture représente bien l’environnement de l’île :
L’île, bien que touristique, l’est nettement moins que l’archipel des Uros en raison de
son éloignement.
Les enfants s'en vont souvent à Puno pour étudier ou travailler , mais ils reviennent tôt
ou tard aider leur famille et maintenir les traditions. Et, le tourisme, tout en rapportant un peu de sous aux locaux, semble ne pas bouleverser le mode de
vie.
Nous sommes d'ailleurs logés en famille d'accueil : le guide nous en attribue une en
choisissant au hasard parmi les femmes rassemblées autour de nous.
Difficile de bien comprendre le prénom de notre hôte, elle ne parle que quechua ! Malgré
un échange de sourires, le dialogue est à sens unique et la conversation impossible... Nous suivons donc cette femme qui se dirige vers un groupement de maisons.
Un mur de terre et un toit de tôle, une cabane verte au fond du jardin : on est
arrivés !
Nous en sommes surpris : plutôt que de partager un modeste dortoir aménagé dans un
local construit de boue séchée, nous sommes installés à l’étage dans une chambre récemment repeinte.
Nous ne sommes certainement ni les premiers ni les derniers : les aides versées
aux familles ont permis la rénovation des maisons… mais hélas, l’espace des touristes uniquement ! Nous sommes gênés de cette différence mais que faire ? Le guide nous met à l’aise,
nous décidons alors de profiter de cette chance et testons les matelas !
Tout de même... à quoi bon dormir chez l’habitant pour au final bénéficier d’un
traitement de faveur ? Par chance, nous rejoignons notre hôte et son mari pour manger dans la cuisine,
mais ils préfèrent manger à part et ne pas se mélanger à nous. Il n’y a pas d’intégration,
pas d’échange… mais est-ce un problème ?
Finalement non puisque ces habitants ne changent pas leurs habitudes de vie. Par nature
ils se parlent très peu, mangent en silence et restent discrets. Nous le respectons et mangeons nous aussi en silence, bien que nous cherchions à communiquer par le regard et le sourire pour
exprimer notre gratitude.
Au menu : soupe de pommes de terre et quinoa.
Elles sont cultivées sur les hauteurs de l’île : c’est d’ailleurs l’une des rares
plantes qui poussent ici.
A peine avalée la soupe, nous nous préparons pour une marche au sommet de l’Amantani. Le
bonnet : un peu pour le folklore, beaucoup pour se protéger du froid !
Avec l’altitude, nous devons nous arrêter fréquemment pour prendre des bouffées d’oxygène
et éviter les points de côté.
Une heure de marche et nous parvenons au sommet de l’île,
d’où nous contemplons les ruines pré-inca des temples Pachamama et
Pachatata.
Le style architectural et le peu de céramiques retrouvées sur les sites indiquent des
filiations possibles avec les cultures Pucara ou Tiahuanaco, mais sans certitude. A vrai dire, on ne sait presque rien de ces hommes qui ont construit ces
temples.
Le paysage vaut bien le déplacement : derrière nous, les montagnes
boliviennes…
sur les côtés : les îles du Titicaca…
et les terrasses agricoles où poussent en plein soleil et face au lac, toutes sortes de
racines et tubercules.
Tandis que le soleil se couche sur Amantani, nous rencontrons un couple charmant qui nous
prépare chocolat et beignets :
Revenus chez notre hôte, il fait nuit noire et nous apprenons que nous sommes invités à
danser dans la salle des fêtes !
Munis de la lampe de poche, nous sommes habillés par les
femmes :
Les nombreuses couches de vêtements et le corset exigent du temps pour se
préparer…
Une fois habillés, voilà à quoi peuvent ressembler deux français en immersion au
Pérou !
Il est grand temps de rejoindre tout le monde dans la salle : chants et musique
traditionnelles, danse folklorique et boissons assurent une ambiance chaleureuse et bon enfant.
La farandole se met en place,
et à bout de souffle (nous sommes quand même à 4000 mètres !), nous marquons une
pause…
Avec ces costumes péruviens sur le dos, on oublierait presque qu’en-dessous nous portons
nos
habits de randonnée !
Dehors, le ciel brille de mille étoiles, la nuit est claire et nous contemplons le
spectacle sur le chemin du retour…
Demain nous repartirons vers l’île de Taquile, après avoir goûté l’espace d’une journée à
la vie des hommes et des femmes d’Amantani… Merci pour cette riche expérience durant laquelle, malgré la barrière de la langue, nous avons certainement échangé bien plus que des regards et des
sourires…
Aujourd'hui Taquile... Intéressante à visiter car c’est l’un des derniers endroits du pays à avoir capitulé face aux espagnols.
Voilà sûrement d’où vient la volonté de ce peuple à aujourd’hui encore conserver son patrimoine et son identité à travers le maintien des traditions et des pratiques ancestrales.
Nous traversons l’île sous un soleil cuisant. On découvre un versant bien vert et planté d’arbres :
Comme sur Amantani, ici aussi la terre est cultivée en terrasses…
On retrouve les femmes en habit traditionnel, un voile noir sur la tête, le dos voûté et les yeux qui regardent par terre…
Des moutons, ici aussi…
par conséquent : du tissage…
un enfant qui attend assis sur le chemin qu’un touriste lui achète un bracelet en laine…
L’île n’est ni riche, ni pauvre comparée aux standards péruviens. Il y a de la visite, les groupes s’arrêtent déjeuner aux
restaurants tenus par des familles, tandis qu’une coopérative a été construite sur la place du village, au sommet de Taquile :
mais il faut reconnaître que la coopérative n’est que peu fréquentée, l’église n’a été que partiellement restaurée,
et certains attendent des jours meilleurs pour finir la construction de leur maison…
Une chose est sûre : le tourisme contrôlé a ouvert une nouvelle source de revenus pour les îles, et sans bouleverser le mode de
vie et l’organisation de la société, il permet aux habitants de mieux vivre en partageant avec le monde extérieur une expérience intéressante. Et cela tant que le tourisme de masse ne vient pas
s’installer, empêché par la distance et le manque d’infrastructures.
Un clin d’œil à notre tour du monde : les pancartes qui indiquent les merveilles du monde…
et déjà nous descendons au port par le versant opposé. Parmi les belles fleurs qui prospèrent au soleil,
on note la présence de chrysanthème
et de kantuta, la fleur de la Bolivie :
Nous ne sommes pas loin de la frontière, située ici en plein milieu du lac…le plus beau panorama de l’île s’apprécie depuis les
falaises qui surplombent le port.
Comme nous l’écrivions plus haut, le tourisme de masse
est empêché sur ces îles lointaines du Titicaca, et pour le moment, il est agréable de voir que le port ne compte guère plus de 10 bateaux à la fois.
Pourvu que ça dure !