Fait intéressant : selon des études, 90% des touristes de Trujillo sont des nationaux. Il y a peu
d’étrangers, et la plupart utilisent la ville comme une étape sur leur itinéraire reliant l’Equateur, au Nord, à Lima, au Sud.
Nous sommes sur la côte ouest du Pérou : mais quel est donc l’intérêt de Trujillo ?
Les pâtisseries, et peut-être le riz au lait, oui… l’architecture coloniale, sans doute…
mais de toute évidence, l’attrait principal de la ville réside en la richesse de ses sites pré-inca des cultures Mochica et Chimu.
Les images que vous allez voir sont étonnantes. Encore peu visité, le site de Chan Chan est pourtant l’une des
perles du Pérou. Découvertes il y a peu par les archéologues, les ruines figurent au Patrimoine Mondial de l’Humanité depuis 1986 seulement…
et déjà des menaces pèsent sur leur conservation : Chan Chan fait partie des sites menacés de disparition. C’est terrible car on ne connaît que peu de choses de la culture Chimu ; à
cause des pillards et du manque de financement pour les fouilles archéologiques, des vents marins et du cyclone El Nino, Chan Chan aura peut-être disparu d’ici 50 ans.
Alors, si nous avons aimé le Machu Picchu à la folie, nous voulons dans cet article continuer de dévoiler les
autres trésors du Pérou et inciter les touristes à visiter ce que ce pays offre de merveilleux et de méconnu.
Chan Chan en quelques mots : fondée en l’an 1000 après JC, c’est la capitale du royaume Chimu. Nous sommes entre les Andes et la côte Pacifique, à quelques kilomètres seulement de l’océan.
C’est une très grande ville recouvrant plus de 12 km², connue pour ses larges rues (entre 5 et 7 mètres) et ses murailles imposantes, parfois hautes de 11 mètres et utilisées pour protéger les
constructions des vents marins.
Les murs de Chan Chan… une architecture formidable capable de résister aux séismes de la région… même les rénovations contemporaines ne supportent pas les tremblements de terre, et les parties
rénovées s’effondrent les unes après les autres… Les Chimu avaient eux un secret de fabrication : des trous dans les murs.
Entre deux blocs d’adobe, des fentes en triangle permettant d’absorber les chocs des secousses. Simple et efficace, la preuve : les murs sont encore debout, 1000 ans après leur
construction !
Le centre de la ville comportait des temples pyramidaux, des jardins, des réservoirs… l’un d’entre eux existe
toujours, on peut même y voir quelques oiseaux migrateurs :
Une particularité de la culture Chimu : à la mort du chef, un nouveau palais était construit pour le nouveau souverain.
Chan Chan est ainsi divisée en neuf citadelles bien distinctes les unes des autres.
Chacune de ces citadelles a une configuration rectangulaire avec une entrée sur son côté Nord.
Le peuple Chimu étant très attaché à la mer de par sa proximité à l’océan, les murs sont parfois décorés de
reliefs représentant des poissons ou des oiseaux marins :
De toute la série d’animaux représentée dans la cour intérieure du palais de Tschudi, seules ces trois figures sont originales, les autres ayant été refaites sur plusieurs dizaines de
mètres de long :
S’il reste peu de motifs d’origine, c’est à cause de l’érosion générée par El Nino,
qui provoque d’importantes chutes de pluie et des inondations sur la côte péruvienne.
La situation est assez critique, d’autant que le site est d’architecture unique : des murs d’adobe usés par le vent à perte de vue…
avec çà et là des représentations plus ou moins stylisées, ici des pélicans…
Afin de préserver le site, il n’est pas possible d’aller au-delà de ce point de vue :
En revanche, certaines cours sont accessibles, notamment ce grand espace où les prêtres se réunissaient en profitant des qualités accoustiques exceptionnelles de l’espace :
On est ici impressionné par la rectitude des lignes et la sobriété de l’architecture :
Deux statues veillent à la sortie de la place principale de Tschudi, utilisée lors des cérémonies aux morts :
C’est un peu plus loin que l’on découvre le cimetière, là où le souverain a été enterré avec sa suite et ses
femmes :
Ces souterrains ont révélé de nombreuses tombes, tandis que plus loin encore, les fouilles laissent penser qu’il s’agirait de prêtres enterrés :
L’accès est normalement interdit au public, mais en compagnie de notre guide nous avons pu pénétrer dans cette partie des ruines…
Voilà à quoi pouvait représenter le cimetière il y a 600 ans :
Autour de la tombe du Seigneur Chimo, 44 tombes ont été mises à jour avec de nombreux biens appartenant au souverain et destinés à l’accompagner dans son voyage vers l’au-delà. Il ne reste plus
que des trous dans le sol..
Et enfin, le plus étonnant : les alentours du site…
Des kilomètres de sable où chaque creux révèle une tombe pillée par les huaqueros et où chaque hauteur indique les
restes d’une citadelle… A Chan Chan, il reste bien des choses à découvrir, et les fouilles ne font que commencer…Pourtant cette cité, 1000 ans après sa construction, est aujourd’hui menacée pour
de bon…
Chan Chan, qui a prospéré pendant près de 500 ans, qui a compté près de 30 000 habitants et qui est
considérée comme ayant été la plus grande ville d’Amérique précolombienne… Chan Chan, c’est fini ? Lors de votre prochain voyage au Pérou, irez-vous à Trujillo apporter un soutien financier
à la conservation de ces richesses du monde ? Irez-vous découvrir et promouvoir la connaissance de ce Patrimoine Mondial de l’Humanité, méconnu et menacé ?