Fini le Pérou !
Dernière étape de notre parcours : Tumbes, ville-frontière avec l’Equateur située à l’extrême nord du pays. Nous ne croisons pas de touristes et pour cause : rares sont ceux qui viennent s’aventurer ici pour passer la nuit.
Pour nous c’est simple : au vu des horaires de bus, aujourd’hui nous n’avons pas le choix. Nous redoutons la ville : les locaux nous ont parlé d’attaques, les guides touristiques traitent de violences et de drogue… tous déconseillent de marcher en ville… de nuit…comme de jour, nous sommes un peu tendus…
Voilà à quoi ressemblent les immeubles de notre quartier.
En bois, tôle et boue séchée, beaucoup de maisons sont comme celles-ci, abandonnées et sur le point de s’écrouler. Le cybercafé sur le côté gauche, qui donne presque une impression de modernité, n’a reçu qu’une couche de peinture en guise de restauration. Une sensation de ville-fantôme…
Nous fermons la porte de la chambre d’hôtel à double tour et passons l’après-midi à laver le linge… à la main dans une cuvette, avec un bout de savon… les vêtements qui ne tiennent pas sur le fil à linge suspendu au travers de la chambre sèchent sur les chaises, les lits ou encore accrochés aux poignées des portes. Le ventilateur est en marche pour que tout soit sec demain, et nous partons dîner avant que le soleil ne se couche…
Enfin un moment de détente. Nous goûtons enfin au ceviche, une spécialité de la côte péruvienne. A base de poulpe et poisson frais mariné au citron, accompagné d’une bière Cristal, si populaire au Pérou… douce et légère, elle rafraîchit dans ce climat moite et humide de la zone équatorienne… nous en profitons, on ne la reverra plus !
Alors que nous dînons dans cette petite cantine, une musique joyeuse rassemble la foule sur la place centrale, autour d’une scène montée pour promouvoir « paix et unité en Amérique Latine ».
Une façon de mettre l’accent sur les tensions entre Colombie, Venezuela et Equateur… Nous ne restons pas à la fête, il faut retourner à l’hôtel s’assurer que tout est en ordre et que les bagages sont toujours là…
Le lendemain, réveil matinal et départ en rickshaw jusqu’à la station de bus où nous grimpons dans un car qui nous fait traverser la frontière et nous emmène jusqu’à Guayaquil, que nous sommes impatients de découvrir. Nous piétinons enfin le sol équatorien…
Bien que Quito soit la capitale, Guayaquil est la plus importante ville du pays. Très différente de Lima, nous la trouvons plus moderne et « occidentalisée ». Malgré la grave crise économique qui a frappé le pays et la montée des inégalités, elle n’est pas dénuée de charme et représente un certain intérêt.
- Tout d’abord, on y trouve de nombreux parcs. Le premier est… en face de l’hôtel. Planté d’arbres gigantesques, il sert de poumon vert à l’avenue 9 de octubre, l’une des plus fréquentées de la
ville.
On y trouve de magnifiques sculptures de bronze
et des manguiers par dizaines, qui semblent nous tendre les fruits au bout des tiges comme les vers de terre sont attachés au bout
des cannes à pêche… quelle tentation !
Ah, si l’on pouvait grimper aux arbres… et croquer ces mangues qui poussent ici comme les orties sur nos chemins ! Si la banane d’Equateur a séduit les américains, la mangue a séduit le monde entier puisque l’Equateur en est aujourd’hui le premier exportateur mondial. La terre est si fertile que l’on s’habitue vite à en voir à chaque coin de rue !
Cette statue du parc pourrait appartenir au pont Alexandre III,
celle-ci laisse imaginer un monument aux morts d’une ville d’Europe…
L’Equateur se souvient avec émotion de ses libérateurs et a dressé dans la ville de nombreux monuments aux héros de l’indépendance et aux soldats tombés lors de la deuxième Guerre Mondiale, combattue « pour que jamais ne s’établisse une tyrannie, un despotisme ou un gouvernement qui porte atteinte aux principes de la démocratie ».
- Statue encore, avec cette représentation du plus fameux poète de la ville : Olmedo.
Le canon rappelle néanmoins que l’indépendance du pays ne s’est pas gagnée la fleur au fusil…
- Le bord de mer, réaménagé par la ville et appelé « Malecon », est plutôt chic. On y vient faire son shopping, déguster un
flan coco ou encore admirer de prestigieux bateaux :
- Les bâtiments coloniaux aux couleurs pastels,
- Les immeubles chics et le quartier des affaires…
- Et encore des monuments (comment passer à côté de San Martin et Simon Bolivar en Amérique Latine ??)
- Encore un parc,
célèbre dans le monde entier pour les iguanes qui y vivent en semi-liberté (Eric attendait ce moment depuis un an !) :
Détrompez-vous, les iguanes n’aiment pas être dérangés et c’est en courant qu’ils traversent les allées pour passer d’un arbre à un autre…
Pour les apercevoir, il faut regarder en hauteur…
Parfois même juste au-dessus de nous !
(oui, il leur arrive de tomber !)
Le soir, toujours autant de monde dans les rues
Hommes d’affaires, jeunes couples…
et policiers !
Et c’est là le côté obscur de Guayaquil : une certaine insécurité parfois palpable. Si nous n’avons pas de photos à vous montrer c’est bien parce qu’il aurait été imprudent de sortir
les appareils. Hélas, la belle Guayaquil vit des heures difficiles et la crise économique du début de siècle a laissé des traces : malgré d’évidents signes de richesse, les inégalités sont
importantes et beaucoup d’habitants ont perdu leur emploi.
L’Equateur a été l’un des pays les plus chers de notre séjour, et de loin le plus cher d’Amérique du Sud.
De nombreux citadins ont appris à vivre des vols et des braquages si bien que les livraisons dans les magasins d’électroménager sont systématiquement escortées par une dizaine de policiers ET de vigiles, protégés par des gilets pare-balles et munis de pistolets ou d’armes de guerre. Il faut marcher vite, ne pas s’arrêter, avoir repéré au préalable son chemin pour ne pas avoir à le demander par la suite, ne jamais sortir de guide touristique de son sac, et d’ailleurs, ne pas avoir de sac !
A titre d’exemple, une fois la nuit tombée, les seules épiceries ouvertes vendent leurs produits derrière les barreaux. Une
expérience qu’Eric n’est pas prêt d’oublier. Quand il est arrivé derrière la grille cadenassée d’un épicier afin d’acheter du yaourt et des biscuits, en plus de montrer patte blanche il lui a
fallu négocier près de 5 minutes l’entrée dans le magasin… à titre exceptionnel !
Une fois à l'intérieur : se baisser et courir pour ne pas être vu des passants pouvant protester contre ce "privilège" d'avoir pu entrer dans le magasin… Faire ses courses en Equateur n’est pas
toujours chose facile… et c’est bien triste.
Notre temps libre, nous l’avons donc beaucoup passé enfermés… à consulter les statistiques de www.visagesdumonde.net...
et dans les salles de cinéma… programmation de blockbusters américains… avec formule hamburger… le tout facturé en dollars… et oui, n’oubliez pas que certains pays n’ont pas su garder leur devise et le symbole d’indépendance qu’elle représentait : en 2000, l’Equateur, soucieux de stabiliser le cours de sa devise et de resserrer ses liens avec les Etats-Unis… abandonnait le Sucre, du nom du héros de l’indépendance des guerres d’Amérique Latine… et adoptait le dollar américain !
« In god we trust » :
telle est désormais la devise de l’Equateur !
"Il n'y a d'homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie." Alphonse de Lamartine
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