Mercredi 1 décembre 2010 3 01 /12 /Déc /2010 19:17

Le water-taxi arrive tranquillement et nous embarquons à bord de l’unique bateau qui relie Santa Cruz à Isabela : un petit hors-bord qui il y a encore quelques années n’opérait qu’une fois par semaine.


La mer est agitée et la traversée difficile, nous sommes secoués comme des pruniers. Parfois l’embarcation brise une vague qui vient mourir dans nos visages : elle nous rappelle comme l’eau est ici fraîche et salée !

 

Nous resterons deux nuits à Isabela : le temps de traverser les paysages lunaires de lave volcanique, de courir sur les plages désertes de sable blanc, de rencontrer les volontaires du centre de protection des tortues géantes, d’observer les flamants roses aux jumelles et au téléobjectif, de nager avec les tortues marines en cherchant les requins à pointe blanche, de se balader sur les routes de sable pour aller manger une glace au village… et de profiter, simplement, d’un hôtel tranquille et d’une cuisine locale aux mille saveurs.


Loin du tourisme de masse, nous accostons dans un port qui n’est qu’une petite crique où sont regroupées quelques barques. Nous sommes loin du village, mais tout est prévu : des 4x4 servent de taxi pour acheminer les voyageurs à l’intérieur de l’île. N’ayant aucune réservation ni guide ni adresse, le chauffeur nous propose de dormir chez l’habitant. Car derrière le panneau de l’hôtel « La Jungla », se trouve la maison d’une famille qui a aménagé pour les visiteurs deux chambres avec salle de bains et tv.

 

Bien que notre première impression soit entamée par les cris du dernier-né et la chambre désordonnée, tout rentre vite dans l’ordre et nous pouvons nous installer.

Fait étonnant : branché à l’électricité, un cadre lumineux projette une vue de Manhattan avec un ciel bleu et un voilier qui défile à l’écran… aux Galápagos, tonnerre de Brest ! Nous débranchons l’appareil : les Etats-Unis, ce sera pour plus tard !

 

Pas le temps de prendre une douche, Michael, le "gérant" (beaucoup d’équatoriens ont un prénom américain, il paraît que ça fait bien !) nous attend pour nous conduire au centre des tortues géantes.

 

Curieuses de nature,

 

elles s’approchent pour nous voir de plus près. Un face à face à en donner des frissons, pas vrai ?

 

Hélas, le centre ferme ses portes et nous devons repartir. La nuit vient vite et déjà le rideau tombe. A la lueur des réverbères, à peine peut-on distinguer un couple de flamants roses dans les lagunes boueuses du bord de mer…

L’heure de la douche a sonné, et nous nous mettons à table avec un couple d’amis rencontrés à bord du water-taxi : elle est canadienne, lui est équatorien, tous deux sont retraités. C’est curieux, il nous donne sa carte de visite en nous précisant que son frère est avocat dans le pays, au cas où nous en aurions besoin… serait-ce une nouvelle mise en garde ?

 

Le plat arrive. Le thon est pêché du jour, les bananes cueillies dans le jardin. Quant au riz et aux haricots, ils assurent un repas riche et équilibré. Voilà de quoi prendre des forces avant la grande journée qui nous attend demain…

Le réveil sonne tôt : l’heure est venue d’explorer l’île. Nous retournons au port où un pêcheur nous attend dans sa barque. Les Lions de mer dorment toujours…

 

Pour les fous à pattes bleues, c’est l’heure du petit-déjeuner :

Quand ils repèrent un banc de poissons, ils piquent brusquement du bec et fondent sur leur proie en une fraction de seconde. Une image difficile à réaliser !

La barque quitte le port et à l'aide d'un petit moteur silencieux, nous balade entre les îlots volcaniques à la pierre noire comme de l’ébène.

 

La couche supérieure grisâtre révèle l’érosion du sol, qui a généré un support caillouteux et poreux recouvert de mousses et lichens où parviennent à croître des colonies de cactus.

 

Voilà un aperçu de la crique où nous débarquons quelques instants plus tard…

 

ravissant mais plutôt hostile, non ?

 

En apparence tout du moins, car cette partie de l’île héberge de nombreuses espèces animales.

Les crabes, comme rougis par le soleil, vont et viennent sur les rochers érodés par l’eau de mer.

Les lézards sont les premiers à nous accueillir sur la terre ferme…

 

puis ce sont les iguanes de mer qui nous observent évoluer sur le chemin découpé au milieu de la lave.

 

Brusquement, le paysage change et nous nous retrouvons sur une plage de sable blanc. Ces coraux réduits en poudre reflètent la lumière du soleil et malgré les lunettes de soleil, la réverbération est dure à supporter. Des conditions idéales pour ce mâle au sang froid qui se réchauffe, le ventre posé sur le sable brûlant.

 

Il fait si chaud que c’est à l’ombre d’un arbre que ce jeune lion de mer se repose, après une nuit passée à chasser en haute mer.

Un peu plus loin, c’est un gros mâle qui sort de l’eau et fend le silence d’un cri ahurissant.

 

En le voyant rejoindre la plage, nous avons dû vite quitter son territoire pour qu’il ne se sente pas provoqué. Une attaque de ce mastodonte pourrait être dangereuse car  ses morsures sont profondes et infectieuses.

 

Autre animal redouté des plongeurs, le requin à pointe blanche, pourtant inoffensif :

Celui-ci fait des allées et venues dans cet étroit chenal pour rechercher de quoi se mettre sous la dent…

 

tandis qu’au loin, on aperçoit un autre iguane qui, parti en mer se nourrir d’algues vertes, fait escale sur ce rocher :

 

Après plusieurs minutes d’observation, on aperçoit enfin ce que nous espérions trouver ici : d’énormes tortues marines. Après de longues minutes passées au fond de l’eau (parfois des heures), elles remontent à la surface pour respirer.

 

Ni une, ni deux, nous repartons chercher nos masques, palmes et tuba au bateau. Après 5 minutes de nage, nous sommes parmi les tortues. A quelques mètres les unes des autres, il y en a des dizaines au fond de l’eau. En voilà une par ici…

 

deux autres par là…

 

Encore une juste en dessous de nous…

 

Elles nous frôlent parfois en nous regardant de leurs grands yeux noirs et blancs, mais évoluent dans l’eau sans se soucier de nous. Encore quelques photos et nous décidons de quitter les lieux.

   

Le sourire aux lèvres,

nous rentrons déjeuner au village.

 

Une soupe de légumes et du poisson frais chez une jeune cuisinière qui travaille avec sa petite fille, puis nous repartons vers les lagunes d’Isabela.

 

Depuis le village, elles sont accessibles à pied. Il faut imaginer de grands espaces d’eau et de boue. Parfois couleur marron…

 

ou caramel…

 
Et bien sûr, rose…
 

de quoi attirer les flamants rose, espèce endémique rare et menacée d’extinction aux Galápagos. Mais d’ailleurs, où sont-ils ?

 

Près de la mer, le sol est curieusement asséché. Nous sommes prévenus, c’est une période de sécheresse sur l’île

 

et les flamants sont devenus difficiles à observer…

 

Il faut aller plus dans les terres à la recherche de ces oiseaux extraordinaires. C’est au milieu d’une mare que l’on voit le premier.

 

Il marche lentement, pas à pas pour ne pas troubler l’eau et remuer la vase.

 

Ses yeux scrutent le fond de l’eau à la recherche de nourriture… 

Ses pas le mènent à un deuxième flamant, pris sur le vif en train de boire un coup, des gouttes d’eau lui tombant du bec : 

 

Les voilà réunis pour un instant éphémère…

 

Nous restons une heure, peut-être plus, à regarder ces oiseaux évoluer en liberté dans ces lagunes classées en 2002 parmi les zones humides à protéger par la convention internationale Ramsar. Nous ne manquons d’ailleurs pas de voir ces empruntes de chien sur les bords des lagunes,

 

et dénonçons la possession de chiens qui ne sont pas toujours tenus en laisse et partent parfois à la chasse aux oiseaux, guidés par leur instinct sauvage… un vrai scandale.

 

En continuant notre chemin,

 

nous arrivons au centre d’élevage des tortues, que nous connaissons bien. C’est pour nous l’occasion de prendre le temps. Le temps d’observer, photographier, lire, apprendre, rencontrer, discuter… Il est 15 heures et nous n’avons rien d’autre à faire ici que de découvrir l’île et de s’émerveiller devant tant de diversité…

 

Nous décidons d'en savoir plus sur ces animaux méconnus. Tout d'abord, il reste dans certaines zones des îles des tortues à l’état sauvage. Mais en raison de leurs nombreux prédateurs (fourmis, chats, chiens…),

 

des moyens importants sont dédiés à leur élevage. Les œufs sont collectés puis conservés au chaud, les petits numérotés,

 

nourris

 

et protégés de leurs aînés.

Alors que les conditions naturelles de vie des tortues sont recréées (de la nourriture à la composition du sol), les prédateurs sont maintenus à l’écart. Par chance, ce sont des milliers de petits qui naissent chaque année et grâce à ces soins de chaque instant, la population de tortues géantes se maintient et certaines espèces connaissent un essor de leur population. A tel point que chaque année, des centaines de tortues sont relâchées, protégées des prédateurs par une peau et une carapace plus résistante aux attaques des prédateurs.

  

Isabela héberge 5 des 12 espèces de tortues encore présentes aux Galápagos, chacune des 5 espèces étant spécifique à un volcan de l’île…

Cette situation extraordinaire est due au fait que chaque volcan a une pente, un sol, une altitude, et donc un climat et une végétation propres qui constituent un écosystème unique dans lequel les tortues ont évolué distinctement. Ces animaux sont bel et bien fantastiques et gardent encore de nombreux secrets que le centre de recherches tente de découvrir grâce aux subventions et aux dons privés.

 

Autre jour, autre décor… le bord de mer et un nouveau face à face saisissant…

Ce mâle adulte qui avoisine le mètre de long sort tout juste de l’eau. Pour évacuer l’excès de sel, il évacue l’eau de mer en recrachant de fines gouttes d’eau par les narines. Pris sur le vif…

il reprend sa course et cavale en direction d’Eric.

   

A trois mètres de distance il devient urgent de se lever, vite mais pas brusquement pour ne pas effrayer l’animal, qui poursuit son chemin en nous passant à côté. Assurément l’une des plus belles rencontres de notre tour du monde…

 

Les petits ne sont pas loin et restent groupés dans les herbes grasses ou sur les rochers où ils sont particulièrement bien camouflés :


Avec l’âge, la peau de l’iguane prendra des nuances plus complexes afin de mieux se confondre avec la couleur des feuilles, rochers et branchages. Voilà un exemple de camouflage bien réussi :

 

Convaincant, non ?

 

A l’inverse, cet iguane est encore trop jeune pour passer inaperçu au beau milieu de cette plante grasse ! 

 

Pour finir ce long article sur les merveilles de l’île Isabela, voilà quelques oiseaux capturés dans notre boîtier à merveilles :

 

 

 

 

Le plus célèbre des oiseaux des Galápagos, le fameux pinson de Darwin,

rendu populaire grâce à ses variations de taille et de forme de bec étudiées par le botaniste Charles Darwin, qui en conclut sa Théorie de l’évolution. On le croise fréquemment mais il aime se cacher dans les branchages… A croire que la célébrité le rend méfiant !

Par ED - Publié dans : Galápagos
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Commentaires

Oui, vraiment, quel blog fabuleux (photos et commentaires !). J'étais aux Galapagos et à Isabela il y a deux mois, c'était tout à fait ça, je dirais même que les animaux, pris d'extrêmement près, sont parfois encore plus beaux sur vos photos que dans la réalité (?!!)
Desde Quito...
Commentaire n°1 posté par Manu le 29/05/2008 à 00h48

Waooh, quel commentaire...
Merci pour votre suivi et votre enthousiasme !
En espérant continuer à vous faire aimer encore un peu plus ce beau pays,
Amitiés


ED

Réponse de ED le 29/05/2008 à 12h21

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