Les raisons de cette crise : la corruption et la dollarisation de l’économie. La dette extérieure s’est creusée et le pays est maintenant sous tutelle du FMI.
Conséquences : une pauvreté et une insécurité de tous les instants.
Tout le monde devient suspect. Bien que notre premier hôtel soit situé dans un quartier apparemment tranquille du centre-ville, les appareils photos sont rangés en sécurité. Nous prenons le risque : pour tenter de ramener quelques images, nous sortons un petit compact numérique de temps en temps. Il faut bien ramener des souvenirs !
Des bâtiments comme celui-là, il y en a beaucoup dans Quito. Le quartier colonial est ancien, et l’on peut visiter de nombreuses places, églises, musées, marchés… à condition de prendre le risque. Ci-dessous, notre seule photo de nuit, prise du bas de notre hôtel :
A l’approche de Noel, une crèche géante a été installée au-dessus de la ville. Panorama unique du haut de la colline… et pourtant, hors de question de s’y rendre : les transports, taxis, rues et environs sont trop dangereux une fois le soleil couché. Le jour, ce n’est guère mieux. Les forces armées sont partout dans le centre de la ville, ce qui accentue une ambiance déjà lourde et instable. Nous ne visiterons pas plus qu’une rue de cette ville si réputée pour sa beauté… quelle peine !
En effet, nous subissons une première tentative de vol avec un homme qui réussit à ouvrir la poche du manteau de Laure… vaine tentative, l’argent est lui aussi en sécurité et nos poches sont vides… Nous décidons de quitter le quartier au plus tôt et en attendant le taxi, nous partons nous enfermer dans la chambre d’hôtel.
Tant pis si pour la première fois depuis notre départ, nous renonçons à une visite et reculons devant la menace d’une agression. Nous ne voulons pas nous risquer davantage.
Nouvelle auberge : nous arrivons à la Casa Bambu, un hôtel réputé dans les hauteurs de la ville.
C’est grand, c’est chic (pour une auberge de voyageurs), et nous y sommes rassurés. En plus d’une grande chambre et d’une vue imprenable sur Quito, il y a des hamacs, une cuisine où l’on peut se faire à manger, une table de ping-pong…
Enthousiaste, Laure fait le tour de l’auberge et filme ce qui pour nous ressemble à un bunker de luxe :
Une fois les cartes postales écrites, nous partons nous détendre dans un parc recommandé par le Lonely Planet : El Ejido. Le
week end, on y vend de l’artisanant. Des peintre locaux vendent leurs œuvres tandis que des habitants d’Otavalo proposent des tissages traditionnels et des bijoux. Rien de suspect, les familles
viennent s’y promener l’après-midi…
Mais le pire nous attend. Eric, en sortant de l’hôtel, filme tout en faisant une présentation de cette ville au climat tendu… Il ne le sait pas encore, et pourtant dans 1m40s, il se fera agresser au couteau…
Oui, l'hôtel est bien un bunker. La porte le suggérait,
mais les grillages, barbelés et alarmes des propriétés ne retenaient déjà plus notre attention… il y en a partout !
Nous sortirons indemnes de cette agression. Pour se protéger, Laure est restée à l’écart et ses cris ont permis de rameuter les passants. Eric, pris par surprise et jeté à terre, s’est débattu sans abdiquer. Malgré le couteau pointé sur le ventre, aucune blessure et aucun vol à déclarer.
Les agresseurs ? Vous les avez vus, ils sont sur la vidéo.
La suite ? La police a été appelée, est venue dans les 20 minutes, et n’a pas souhaité prendre notre déclaration. Dans un pays où la corruption est chose courante, les policiers ne sont pas là pour aider : ils ne servent qu’à donner une image illusoire de sécurité, et régulent le trafic et les vols de tous ces habitants tombés dans la misère, en prenant au passage leur part du gâteau. Alors, que reste-t-il ? Que faut-il faire ?
Passer à la télévision et faire passer l’image des deux hommes sur les écrans du pays. Ce n'est pas une blague. C'est incroyable, mais vrai : ce sont les policiers qui se déchargent du problème et nous recommandent de passer aux studios de la première chaîne…
Ces deux jeunes ?
Gonzalo et Andres. Le premier est colombien, le deuxième de Quito. Deux "amis de 20 ans", que rien ne sépare. Après l’agression d’Eric, Gonzalo est vite venu vers nous. Il a contacté la police, est resté avec nous et nous a accompagné à la télévision avec Andres.
Nous étions très méfiants, et le personnel de l’hôtel nous recommandait une extrême vigilance. Nous ne connaissions pas ces gens, ils proposaient de nous conduire en voiture, ils voulaient peut-être récupérer la vidéo avec le visage des malfaiteurs…
Après une longue hésitation, nous les avons suivi. Sans argent, sans appareil photo, juste le fichier vidéo sur une clé usb, dans la chaussette. Dans l’autre, l’adresse de l’hôtel, au cas où. Nous avons communiqué le numéro de la plaque d’immatriculation avant de quitter l’auberge, et sommes partis, nerveux.
Pourquoi ne pas leur faire confiance ? Gonzalo a accouru dès qu’il a entendu Laure crier, il nous a prêté son portable, a attendu la police avec nous, a insisté pour que nous puissions porter plainte… Et il habitait cette rue, en face de la Casa Bambu. Alors...
A la télévision, les journalistes sont venus nous chercher. Ils aiment les sujets choc. Nous leur avons projeté la vidéo sur un ordinateur, ils nous ont filmé et interrogé. Eric s’est insurgé contre le vigile qui surveillait une école en contrebas, et qui n’a pas levé le petit doigt. Pourtant équipé d’un gilet pare-balles et d’un fusil mitrailleur, que risquait-il ?
En Equateur, la non-assistance à personne en danger n’existe pas. Une police qui ne prend pas votre plainte n’est pas inquiétée par la justice. Il n’y a dans les faits pas de séparation des pouvoirs de police et de justice, ils marchent main dans la main. Les victimes ? Nous, mais de nombreux autres touristes, la réputation du pays et le peuple enfin, qui vit dans l’insécurité et voit les touristes déserter le reste du pays, se contentant de visiter la perle des Galapagos.
Ce coup de gueule, nous l’avons exprimé devant les caméras. Mais nous souhaitions aussi témoigner du fait que les habitants souffrent de cette situation et se battent aujourd’hui pour que les choses changent. Au sens propre comme au figuré...
Regardez. Nous avons invité Gonzalo et Andres à prendre un verre au bar de notre nouvel hôtel (un de plus !), le soir venu.
Gonzalo est blessé au bras gauche. Il s’est battu la semaine dernière. Une jeune fille du quartier s’est fait agresser dans la rue, au même endroit. Pour un téléphone portable. Devant la porte de Gonzalo. La police n’est pas venue. Gonzalo et son frère sont sortis, au risque de subir des représailles. Ils se sont battus pour sauver la jeune fille. Il s'est cassé le poignet et risque une opération chirurgicale. Pas de sécurité sociale en Equateur.
Cette expérience, quelques jours avant notre voyage à Mexico, nous a refroidi. Après 10 mois de voyage et toutes les merveilles des Galapagos, nous avons été durement confronté à la misère du peuple équatorien. Une triste expérience qui finit sur une touche d’espoir, cette rencontre formidable. Après un verre à l'hôtel, nous avons été invité à dîner.
Et nous avons laissé deux amis à Quito, qui nous manquent et que nous gardons dans nos meilleurs souvenirs de tour du monde.
Merci du fond du cœur pour votre courage, votre temps, votre amitié et votre dévouement. Merci Gonzalo. Merci Andres… Prenez soin de vous.
"Il n'y a d'homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie." Alphonse de Lamartine
L'intégralité du texte, des images, vignettes et icônes présents sur ce site sont soumis aux droits d'auteur © Eric DUTU. La qualité des photographies est réduite pour un affichage web optimal. Clichés originaux en Haute Définition disponibles à la vente, signés et numérotés. www.visagesdumonde.net est un carnet de voyage. Ces Visages du Monde sont des visages d'hommes, de femmes et d'enfants, de rencontres aux quatre coins du monde, de sites naturels et culturels classés au Patrimoine Mondial de l'UNESCO, d'univers urbains et sauvages, de conditions de voyage et de vie durant un Tour du Monde. L'ensemble du site www.visagesdumonde.net est en accès libre et sans publicité. Réalisation technique et graphique : Eric Dutu. Copyright © Eric Dutu 2012 | Tous droits réservés
