Samedi 22 décembre 2007 6 22 /12 /2007 22:57
Sous un soleil de plomb, nous arrivons lundi matin aux portes de Monte Alban.

 

 

Oaxaca, située au confluent de plusieurs grandes vallées, a depuis longtemps attiré l’Homme.

 

 

Bien que le climat y soit chaud et sec, les zapotèques y trouvèrent un intérêt stratégique évident pour y construire une extraordinaire forteresse, aujourd’hui classée dans le Patrimoine Mondial de l’Humanité.

 

De tous les sites précolombiens de la région, Monte Alban est le plus important : il mérite à lui seul le détour. A seulement quelques kilomètres de la ville actuelle d’Oaxaca, nous sommes au sommet d’une colline qui fut arasée à la main il y a près de… 22 siècles. Impressionnant !

 


 

Sachant qu’en simple visiteur il faut plusieurs heures pour faire le tour des ruines, combien d’années a-t-il fallu à Alfonso Caso et ses successeurs pour découvrir l’ensemble de ces éléments et pour les restaurer ?

 


 

18 ans ! Et bien plus encore si l’on considère que le mexicain Caso n’est pas le découvreur de la cité comme l’atteste sa statue… En effet, de nombreux explorateurs se sont succédés sur la colline dès 1806 pour fouiller, croquer et décrire les ruines… 125 ans avant Caso ! Un travail colossal qui a permis de comprendre un peu mieux comment vivaient ces hommes d’une civilisation aujourd’hui éteinte.

 


 

Les archéologues distinguent trois périodes dans la construction du site, que nous présentons ici succinctement :



Période I (500-200 avant JC)

 

Les traces les plus anciennes enregistrées dans cette zone datent de 500 avant JC. Pendant cette période, l’occupation se limite à certains endroits de la vallée présentant des conditions favorables (terres fertiles, sources).

Après des maisons de paille et de branches apparurent les habitations de pierre, plus résistantes et durables. Face à l’augmentation de la population, les hommes doivent gérer l’aménagement de la colline, le transport des matériaux et les problématiques du travail de groupe. Cela entraîne la désignation de dirigeants et la mise en place d’un système d’échanges et de production évolué. 

A cette époque furent gravées un grand nombre de pierres connues comme les « danzantes », représentant des hommes nus.




Peut-être des prisonniers morts sacrifiés ? Certains experts pensent que ces pierres gravées représentent des personnes handicapées (autisme, trisomie...) jadis considérées comme des êtres magiques ou des chamans.




Plus surprenant, on trouve à côté de ces figures des écritures et des dates, ce qui démontre l’usage du calendrier et la volonté dès cette époque d’enregistrer certains évènements.


L’analyse des artefacts et des gravures de cette période permet de démontrer une forte influence de la culture olmèque. D’ailleurs l’ampleur même des travaux entrepris pour araser le sommet de cette montagne évoque une société unie par un désir de construire, à l’image du peuple olmèque.



 


Période II (100 avant JC – 200 après JC)


Durant cette période le développement de Monte Albán s’accélère. De nouvelles structures sont construites et d’anciennes sont remodelées.





La structure des tombes est elle aussi revue, en y intégrant de nouveaux éléments comme les niches ; différentes gravures des « danzantes » sont réutilisées et intégrées dans de nouveaux bâtiments.






Le bâtiment le plus représentatif est le monument J,  




un observatoire construit en forme de flèche en -100 avant JC et rempli de tunnels. Hélas, on ne peut pénétrer à l’intérieur… mais du haut des marches du Monticule Sud, on est toutefois stupéfait par ses dimensions colossales.




Plus loin, la stèle 18 est un obélisque de 6 mètres dont l’une des principales fonctions était de représenter par la position de son ombre l’instant où le soleil est à son zénith. L’exemple en image :



 


Période III (200-600 après JC)


C’est l’apogée de Monte Alban.




La cité atteint son développement urbain et démographique maximal pendant cette période, avec sans doute prés de 40 000 habitants répartie sur une superficie de 20 km². Les principaux édifices se développèrent en noyaux isolés et leur fonction essentielle fût le déroulement de cérémonies religieuses publiques ou privées.




Le cœur de la cité est représenté par un immense espace appelé Gran Plaza,




une esplanade mesurant 300 m de long et 150 m de large entourée de structures aux imposants bâtiments. Des temples, des plateformes étagées, des palais résidentiels,




des tombes élégantes de pierre, des systèmes pour la gestion de l’eau, des observatoires astronomiques et des terrains de pelote furent construits. A l’époque, les murs étaient recouverts de fresques peintes…




Mais peu à peu la civilisation zapotèque perdit de sa puissance, au point que la cité de Monte Albán fut abandonnée vers le milieu du VIIe siècle pour des raisons encore controversées (épuisement des terres arables, déforestation excessive, invasions…).

 


Période Mixtèque


Fait surprenant, Monte Alban fut repeuplé vers le XIIème siècle, quand les Mixtèques s’emparèrent de la ville abandonnée, d’où venait une partie de leurs ancêtres, pour la faire revivre et y célébrer de nouveaux cultes.




Ils y restèrent jusqu’à l’arrivée des conquistadors espagnols au XVIème siècle.




Aujourd’hui, près de 200 tombes ont été mises à jour, ainsi que de nombreux « danzantes » et d’imposants temples et palais. Pourtant, on considère que la majeure partie du site n’a pas encore été fouillée… à l’image du Monticule Sud, non totalement découvert :








Pour ce qui est du Jeu de Balle (Pelota), on n’a pour l’heure retrouvé aucun reste humain lié à sa pratique, alors que ce jeu était pourtant assorti de sacrifices humains. De nombreux secrets et trésors restent donc à découvrir,




dont le petit musée du site nous donne un très bel aperçu :








Quelques objets parmi les milliers découverts à Monte Alban, autour des temples comme dans les temples ou les tombes zapotèques, comme la n°7 découverte par Caso et comprenant plus de 400 artefacts mortuaires en or, argent, turquoise, albâtre, corail, ivoire, nacre, obsidienne…et ambre ! L’une des rares tombes à n’avoir pas été pillée.




Par Eric & Laure - Publié dans : Mexique
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