Lundi 10 janvier 2011 1 10 /01 /Jan /2011 23:16
Après moult hésitation, nous laissons tomber Atitlán. La région la plus verdoyante du Guatemala, son lac connu dans le monde entier, ses peuples qui ont oublié l’espagnol et parlent la langue Maya. Tristes ? Un peu. Même si une majorité de touristes n’a pas rencontré de problèmes dans cette région, l’insécurité gagne du terrain. Les autorités notent une recrudescence des vols, viols et meurtres dans la région. On avait pris le risque d’aller sur le volcan Pacaya malgré les menaces d’attaques à main armée, mais là on se ravise. Fatigués de se méfier de tout et de tous, de cacher notre matériel au point de se priver de nombreuses photos, nous décidons de ne pas faire le voyage. Puisqu’Atitlán est au Guatemala ce que le lac Titicaca est au Pérou… on préfère rester sur ces beaux souvenirs péruviens et traverser le pays en direction de Tikal, notre prochaine étape. 

Tikal est incontournable. Comment dire… comme Angkor au Cambodge, c’est un rêve d’aventurier. Marcher dans la jungle, rencontrer des animaux sauvages et se trouver nez à nez avec des pyramides vieilles de 2000 ans. Des lianes, des jaguars, des singes hurleurs, des toucans, des serpents… Tikal, c’est un monde perdu.

Et pour faire la route, deux alternatives. Celle des touristes (l’avion), celle des aventuriers (la route). Nous prendrons la 2ème : on est là pour ça, pas vrai ?

Alors autant dire que la route n’est pas directe et semée d’embûches. 2 jours de trajet. Première étape : se rendre à Florès, au nord-est du pays. Depuis Antigua, taxi commun jusqu’à la gare routière de Guatemala City. La nuit tombe et la tension monte en centre-ville. Pour notre sécurité, le chauffeur accepte de faire un détour jusqu’à la pension où nous avons passé la saint Sylvestre. Nous y déposons des affaires : voyager avec un sac en moins, c’est être moins vulnérable.

Par gare routière, il faut imaginer un local fermé par des grilles et surveillé par deux vigiles en armes et gilet pare-balles. En arrivant, on se glisse vite à l’intérieur avant que les gardes ne referment les portes métalliques derrière nous. Protection des passagers, sécurité des marchandises… nous avons choisi l’une des plus sûres compagnies privées, mais puisque tous les véhicules empruntent la même route pour se rendre à Florès, nous serons tous rendus au même niveau d’insécurité…

La méfiance est de mise, encore. On a retiré les montres en plastique de nos poignets, rangé les appareils y compris les petits numériques, on a caché les passeports et gardé une poignée de sous dans les poches… de nombreux vols ont lieu dans les bus alors que les passagers dorment. On l’a vu sous nos yeux : pas question alors d’attirer l’attention. On n’a même pas emporté de casse-croûte, c’est dire ! On fait comme les locaux : on prend deux œufs et une assiette de haricots dans le coin cantine avant de prendre dans le bus.

Une fois les télévisions, les frigidaires, les fruits et légumes et autres cartons chargés, on part enfin. Hormis un couple de voyageurs, nous sommes les seuls étrangers dans ce car. Tant mieux, moins il y en a plus on se fond dans la foule. Laure se cale près de la fenêtre, Eric s’installe côté couloir et surveille les moindres allées et venues dans l’allée du bus. Jusque-là, tout va bien…

En milieu de trajet, nous sommes arrêtés sur la route. Les gens murmurent, on attend, inquiets. Après de longues minutes, les portes du car s’ouvrent, des policiers montent. Contrôle de routine. Ils ne font pas les choses à moitié : vérification des papiers de tous les passagers, fouille de tous les sacs. Tout le monde descend, on ne fait aucun commentaire. C’est un peu intimidant, ça ressemble à une recherche de bandits. Et l’idée d’avoir pu faire le trajet avec des délinquants n’est pas pour nous réjouir !

Un couple de locaux est interrogé, ils ne remonteront pas dans le bus. Au moment de reprendre la route on est un peu sonnés, et le film violent projeté dans le bus ne nous détend pas vraiment. Un dîner chaud est servi dans la deuxième moitié du parcours, et pour le coup on a beau s’adapter à toutes les cuisines du monde, parfois on bloque ! On finira la nuit le ventre vide. Nous voilà à Santa Elena, le chauffeur nous fait descendre sur un quai embrumé où les silhouettes dansent comme des fantômes dans la nuit. Il est 5 heures du matin. 9 heures de route, le ventre vide, épuisés, et… perdus.

On s’attendait arriver de jour dans une ville moyenne, il fait nuit et nous sommes dans un village au bord de l’eau. Les locaux nous assaillent pour nous proposer leur service de taxi, mais où sommes nous ?

Florès, Santa Elena ? On s’aperçoit que le couple de touristes est descendu en cours de route, nous sommes les seuls étrangers à descendre ici. Ces petits hommes qui nous tiraient les sacs pour faire mine de les charger dans leur voiture, ils sont assis devant nous et nous regardent. Ils ne donnent aucune indication, ils espèrent qu’on aura recours à leur taxi.

Comme un miracle, sur le trottoir d’en face il y a un café ouvert. Le jus de chaussette est chaud, sucré, autant dire délicieux dans des conditions pareilles. Nous attendons pétris de froid que le jour se lève. 1h30 de veille…

Au jour levé, le village nous apparaît et nous comprenons que nous sommes face au lac Peten Itza. Nous sommes à bout, seuls les nerfs nous maintiennent éveillés. Les sacs sont lourds, il faut monter des marches, traverser des places et courir les rues… l’hôtel est à l’autre bout du quartier.

On rentre, on prend la première chambre, pas de confort mais peu importe, on est arrivés ! Pas de fenêtres, un trou au mur avec une moustiquaire, un ventilateur… nous n’avons plus de linge, il faut laver et suspendre dans la chambre. Une corvée de plus mais il n’y a pas d’aventure sans aventures !

On va pouvoir dormir… Bam ! Des pétards explosent dehors. Il y a une fête aujourd’hui. Pour nous, un cauchemar. Boules Quiès enfoncées dans les oreilles, on se rendort… pour la journée.

Et puis nous sommes rattrapés par l’urgence du moment : trouver un billet pour Tikal ! Facile, en théorie. Installés à la terrasse d’une cantine, nous nous soignons à la bière et au poulet grillé. L’un des meilleurs de l’année, et on s’y connaît ! Le poulet ici, c’est une institution : même la bière porte son nom !

Recherche des agences, négociation des prix et des horaires de voyage, l’agent joue la montre et nous teste en nous faisant attendre dans son bureau où l’air est moite et les chaises collantes. Nous tenons bon… après une heure trente nous avons les tickets en main. Ne reste plus qu’à croiser les doigts pour que le bus parte bien demain et à l’heure dite, car le rendez-vous est de bonne heure !

Tout semble aller mieux désormais, reste à acheter les provisions pour notre séjour à Tikal (il y a Dieu merci encore peu d’épiceries dans la jungle !) ; découverte de Florès, cette petite ville construite sur le lac et reliée à la berge par un bras artificiel.

Bien que l’endroit fut le dernier centre cérémoniel Maya en activité à l’arrivée des conquistadors, il ne reste rien de cette richesse ; tout a été rayé de la carte par ces guerriers espagnols avides de destruction.

Florès-Tikal : J2.
Départ aux aurores…1h30 de route dans un minibus plein à craquer… certains font la route à deux sur une place assise, d’autres coincés entre le siège et la roue de secours… scandale avec le chauffeur qui menace de déposer les plaignants sur le bord de route. Ouf, nous sommes bien assis alors on ne dit rien : on aura besoin de lui pour le chemin retour !

Nous voilà à Tikal sains et saufs. Prêts pour le meilleur du Guatemala. Tikal, nous voilà !
Par ED - Publié dans : Guatemala
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