Jeudi 13 janvier 2011
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La nuit à Tikal est mémorable. Nous sommes réveillés par les mille bruits de la nuit : craquements, hululements, murmures, clapotis,
tremblements… et trombes d’eau. Vers 2 heures du matin, les nuages déversent des milliers de seaux d’eau pour arroser les géants de la jungle. Scénario somme toute assez classique : journée
chaude et ensoleillée, nuit lourde et humide. Sur les rideaux, les silhouettes des arbres dansent au gré du vent, la lune perce les nuages et vient timidement illuminer la chambre. Il est 3
heures.
Impossible de dormir, les craquements se font plus nombreux, la pluie plus forte, les ombres plus agitées. Le ciel gronde, la foudre
éclate. On doit se lever dans 2 heures…
Et finalement, non. Au lever du jour, il pleut encore. Aucun signe d’amélioration, le temps est mauvais. Quand bien même nous
sortirions coupe-vents et parapluies, nous ne profiterions pas de la douce lumière du début de journée. Il faut attendre le milieu de matinée pour que l’orage cesse.
Dès la fin de la tempête, les oiseaux s’exposent aux rayons du soleil pour faire sécher leurs plumes. Ce matin, c’est un couple de
perroquets qui chante sous notre fenêtre. Ils nous sortent du lit et nous annoncent une belle journée ensoleillée.
Un verre de jus de fruits, une tranche de brioche en terrasse et nous partons avec nos sacs : appareils photo dans l’un, pique-nique
dans l’autre. Le fait de loger à l’entrée du parc nous donne le privilège d’accéder parmi les premiers dès que le temps est redevenu stable.
Comme la veille, les singes sont parmi les premiers à entrer en activité.
Tout en accomplissant des acrobaties incertaines, ce jeune singe-araignée observe en contrebas.
Malgré la finesse, la souplesse et la légèreté des branches sur lesquelles il prend appui, le singe-araignée n’a pas de mal à évoluer
à 20 mètres en l’air. C’est son quotidien !
Aidé de sa queue, il utilise ses 4 pattes pour trouver son équilibre
et marcher sur des tiges larges de quelques centimètres…
Quel artiste !
Nous choisissons la route qui mène au temple VI, à l’ouest du site. C’est le Temple des Inscriptions, le bâtiment le plus éloigné de
la cité.
Eric observe les curiosités de la nature :
plantes épiphytes,
troncs à piquants
et lianes assassines…
De son côté, Laure ramasse une feuille pour se protéger du soleil…
Elle mesure 3,50m de long, pèse plusieurs kilos, bref, trop lourde et encombrante il faut la reposer en cours de route. Les lianes
offrent plus de possibilités : balançoire…
saut de tarzan (ici, saut de Jane…)
et grimpé de corde
Pas de doute, l’homme descend du singe !
En cas d’urgence, on pourra grimper aux arbres ! Il faut dire qu’en choisissant ce chemin nous avons pris le sentier où les attaques
sont le plus fréquentes. Pas celles du puma, non. Comme la grande majorité des animaux sauvages, il n’aime pas la présence de l’homme et ne reste pas en périphérie du parc. En outre, chassé pour
sa peau il est devenu rare. Non, le plus grand danger pour l’homme, c’est l’homme. Il n’est pas difficile de se cacher dans l’épaisseur des arbres et de couper la route en sautant sur les
visiteurs avec un coupe-coupe. Le fait de lire dans nos 2 guides les dernières attaques perpétrées dans la zone nous met sur nos gardes…
Mais par chance, les affreux ne sont pas là aujourd’hui, peut-être repoussés par la pluie !
C’est plutôt l’émerveillement qui nous attend, une pyramide partiellement recouverte, avec sur sa moitié supérieure tout un pan de
mur gravé de hiéroglyphes vieux de l’an 766 !
L’histoire de Tikal sur 60m² ! Les victoires, les évènements du règne de Yax Kin et les débuts de la cité en 457 avant JC. Sans doute la seule structure de Tikal ayant conservé un texte sur sa
façade… Imaginez-là il y a 1250 ans,
où chacun des glyphes mesurant 2 pieds de haut sur 3 de large était accompagné de détails en stuc, le tout recouvert de peinture rouge !
Les restes de la stèle 21 et de l’autel 9 sont abrités de la pluie sur le côté du temple.
L’autel sacrificiel est en assez bon état et l’on y observe la représentation d’un dieu maya.
Tiens tiens, notre livre affirme que la plupart des stèles célèbrent des souverains, et notamment un certain « Ciel orageux ». Marrant…
Après une pause, une barre et un peu d’eau, nous reprenons la route vers le centre de la cité. De nombreux autres temples nous y attendent ! Ah, nous croisons 2 visiteurs, les premiers de la
journée…
Quelques pauses plus tard, nous arrivons au cœur d’un complexe énigmatique, tant dans ce qu’il était que dans sa représentation.
En prenant cette photo, on réalise que la butte sur laquelle nous sommes est probablement un pan de mur laissé recouvert de pierres éboulées, de racines et de plantes sauvages. Le mur devait
fermer l’enceinte de ce palais :
En descendant de la colline, nos soupçons se confirment !
Le côté droit du complexe a été préservé, le côté gauche n’est plus qu’un dénivelé recouvert d’herbe…
L’ensemble n’en reste pas moins étonnant de par ses dimensions colossales. Ajustez vos lunettes et vous verrez au centre-gauche Laure dans l’encadrement d’une porte…
Les mains posées sur les hanches, elle se demande si l’on n’est pas dans le quartier résidentiel des prêtres, d’où l’épaisseur des murs et l’étroitesse des murs pour une plus grande sécurité et
un plus grand secret ?
Un homme venu de la jungle fait soudainement irruption dans ce décor de monde perdu, et avec un coupe-coupe dans la main il vient vers nous et nous aborde. Ce n’est pas de l’espagnol, pas du
spanglais, ni même du spançais ou autre mélange de langue connue… Du maya ? Ah, on veut pas le savoir ! On invente notre langue à nous et on se met à parler franchinois, pour rire et pour qu’il
parte. Ouf, ça marche. Il part, on rit. On s'en va sans traîner. C'est pas toujours bien d’être tout seuls au milieu de nulle part…
Ah, une pyramide…
tiens, une autre…
une troisième…
Avec des bancs devant, on prend notre pique-nique ! Il est 14 h, on est au plus chaud de la journée et les t-shirts collent, les sacs sont lourds et les jambes ne veulent plus avancer… il est
temps d’une bonne collation !
Fruits secs, banane, eau et jus de fruit… un régime de marathonien ! On en aura fait des kilomètres dans la jungle à force de tourner en rond au hasard des embranchements !
Temples I, II, III, F, G, H, stèle 21, 32, autel 9, 16… on laisse tomber les chiffres et les lettres, c’est plus le moment de jouer ! Il faut bien le dire, c’est un regrettable manque de
créativité qui a poussé les archéologues à nommer les monuments de la sorte, et même si les rues de Paris se localisent par le jeu de ces chiffres et lettres, ici l’alphabet ne sert pas à se
repérer !
Allez, on range le guide, on ouvre nos oreilles et on se laisse guider par notre instinct… On fera sans carte jusqu'à découvrir derrière un paquet d'arbres la Grand-Place, le plus important
complexe de Tikal, le cœur de la cité maya.
Deux pyramides se font face, qui dominent une grande esplanade où sont alignées des stèles sculptées en l’honneur des dieux mayas et des guerres remportées par les habitants de la cité.
On retrouve de beaux haut-reliefs gravés dans la pierre :
Des rois ont été enterrés au cœur des pyramides, avec des trésors en jade, os et bijoux. Sur les côtés, des empilements de temples, salles, patios, logements de dignitaires et de l’administration
royale. On aperçoit les bâtiments au fond à droite de la photo…
Nous voilà au cœur de ces résidences aujourd’hui en cours de rénovation :
Au hasard de la balade, on tombe sur des fragments de mur peints. En rouge : c'est la peinture d’origine !
1300 ans après la construction des pyramides, pour de la peinture extérieure c’est pas si mal : même les singes-hurleurs semblent étonnés !
Pour une fois ils ne hurlent pas : on ne chante pas à table ! Et oui, le repas peu énergétique exige qu’ils mangent à intervalle régulier, des feuilles principalement.
L’équilibre se fait avec les singes araignées qui eux consomment principalement des fruits.
En revanche, contrairement à ce que laissent penser ces images, ils sont difficiles à apercevoir car au lieu de se déplacer sur les extrémités des branches fines, ils sont plus lourds et balauds
et restent sur les branches maîtresses, donc au cœur de l’arbre.
Ce singe a la mine un peu triste
est visiblement un mâle…
et dominant, de surcroît. Il sait montrer les crocs !
Dernières merveilles de Tikal : cette pyramide propre, aux lignes parfaitement droites et préservées,
qui contraste avec celle-ci
pas moins intéressante du fait qu’il reste sur ses marches les pierres témoignant d’une couche supérieure posée lors de la construction d’une deuxième pyramide.
En effet, les anciennes constructions étaient la base idéale pour construire de nouveaux temples plus gros, plus hauts, et plus vite : il n’y avait qu’à ajouter des pierres par dessus.
Car rappelons-le, les maîtres d’œuvre ne disposant ni de roues ni de poulies, il était parfois bon de faire au plus simple !
Et pourtant… pourtant la vie n’avait rien de paisible. Guerres, combats, sacrifices, rituels, esclavage, maladies, bêtes sauvages… ce
paradis naturel ressemblait bien à un enfer. Un enfer qui fût durant des siècles le centre de l’une des plus grandes civilisations de l’Humanité. Quelle énigme !
Par ED
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Publié dans : Guatemala
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Oh oh...
ED