Mercredi 14 juillet 2010
3
14
/07
/Juil
/2010
03:27
Avertissement : Texte et photos présentés ci-dessous peuvent heurter la sensibilité de nos lecteurs. Merci de bien vouloir
en tenir compte.
30 ans après la chute du régime de Pol Pot, les Khmers Rouges continuent de faire parler d’eux : cette forme radicale de communisme agraire est responsable de la mort de près d’un tiers de
la population cambodgienne. Exécutés, malnutris ou succombant aux travaux forcés, 2 millions d’enfants, femmes et hommes trouvèrent la mort entre 1975 et 1979.
500 sites d’exécution massive ont été officiellement recensés, plus de 11000 « bourreaux » ont été identifiés, un dossier d’accusation d’un million de pages a été constitué… et
pourtant, bien que l’ONU ait permis la création d’un tribunal mixte visant à juger les survivants de la hiérarchie Khmer Rouge, l’organisation internationale ne reconnaît pas le drame cambodgien
comme un génocide. 2 millions de morts au Cambodge et l’on discute encore en Occident, 30 ans après les faits, de la qualification de ce massacre en génocide…
Non… Il n’y a donc pas eu de génocide puisque les critères de choix des victimes ne correspondaient pas à un groupe national,
ethnique, racial ou religieux (article 6 de la Cour pénale internationale). Il faut parler d’ « autodestruction khmère…»
Mais ce débat d’occidentaux sur la classification des faits ne doit pas occulter ce qui constitue l’une des tragédies majeures du XXè
siècle. Pol Pot est mort en 1998 sans jamais avoir été questionné sur les actes de son régime. A ce jour, seul 1 membre du régime de Pol Pot est emprisonné… 1 seul membre emprisonné… pour 2
millions de morts.
Le communisme de Pol Pot, c’est un peuple qui se donne la mort. Les Khmers Rouges séparent les familles, tuent les intellectuels et
les gens éduqués (ou reconnus comme tel car portant des lunettes de vue), enrôlent les jeunes adolescents encore dociles dans la milice et expédient les citadins en campagne dans des fermes
collectives, où ils doivent travailler sans avoir la moindre connaissance des techniques de culture… Ce que Pol Pot recherche, c’est un peuple inculte, pauvre et docile. En quelques années, il
ruine le pays et fait mourir son peuple, conduisant le « Kampuchea » au chaos.
Le Cambodge est donc un pays au passé aussi glorieux que douloureux (les temples khmers d’Angkor sont l’une des Merveilles du
monde alors que les atrocités du régime Khmer Rouge ont à peine 30 ans). Ainsi notre visite ne pouvait se faire sans visiter les 2 principaux sites de « l’autodestruction khmère » de
Phnom Penh : les Killing Fields et le Musée Tuol Sleng.
Le musée de Tuol Sleng est un ancien lycée (Tuol Svay Prey : la colline du manguier sauvage) transformé par les Khmers rouges en centre de détention, de torture et d'exécution entre 1975 et 1979.
Le lycée avait alors comme nom secret S-21 (prison de Sécurité 21).
Rebaptisé Tuol Sleng, son nom signifie désormais "colline empoisonnée". Il contient, outre les restes quasi complets des bâtiments de torture et d'emprisonnement, de nombreux objets de torture et
de précieuses archives.
Les Khmers rouges enfermaient à S-21 tous les opposants supposés au régime, sur n'importe quel motif, valable ou non.
Enfants, hommes, femmes, jeunes et vieux. Parfois même des familles entières, bébés y compris. Intellectuels, ministres et diplomates
cambodgiens, et même quelques étrangers (Anglais, Américains, Canadiens, Australiens...).
Les anciennes classes servaient de salles de torture individuelles...
On y attachait les prisonniers sur des sommiers en fer et on les torturait afin qu'ils "avouent".
La plupart avouaient des "fautes" qu'ils n'avaient pas commises. Ce qu'ils disaient était transcrit sur du papier. Lorsque l'aveu ne
plaisait pas, le prisonnier était à nouveau torturé pour en tirer un nouvel aveu. En 4 ans, sur les 20 000 prisonniers de Tuol Sleng, personne ne s'est échappé. A la libération du camp, il
n'y avait que sept survivants.
Les Killing Fields (Choeung Ek) liés à la prison sont situés à quelques kilomètres dans les champs. Ancien cimetière chinois,
ce terrain fut le lieu d’exécution d’environ 17,000 personnes entre 1975 et 1979. Les fosses contenant 8,895 corps ont été découvertes à la chute du régime Khmer Rouge.
Beaucoup de morts étaient d’anciens prisonniers de la prison Tuol Sleng. De nombreux corps ont été retrouvés sans tête, les crânes ayant été entassés plus loin. Troués d’une balle, fracassés par
les coups de bambou ou les barres de fer, ils furent enterrés au milieu des vêtements des victimes, parfois en vrac, parfois de façon affreusement méthodique.
Aujourd’hui, Killing Fields est un mémorial (vendu par le gouvernement cambodgien à une société japonaise !), matérialisé sous la forme d’un stupa aux parois de verre
révélant à l’intérieur des milliers de crânes entassés sur des étagères en bois.
La visite du site est bouleversante : on découvre entre deux fosses des vêtements affleurant encore le sol, et parfois aussi une dent ou des ossements. A ce jour, toutes les fosses n’ont pas
été fouillées...
Ces massacres n’ont duré que quatre ans, et ont pris fin en 1979 à la chute du régime Khmer Rouge suite à l’invasion du Cambodge par la République Socialiste du Vietnam. Le Parti, suite à un
accord de paix, a été dissous en 1996.
Cette période et les décennies qui ont suivi comportent en effet de nombreuses zones d'ombre.
ED
Richard
C'est exact.
ED
difficile de faire un commentaire : je ne peux pas , les limites de l'horreur sont à l'infini .
Maman
...
ED
Il n'y a pas de commentaire à faire face à l'horreur. J'avais déjà vu un reportage télé sur l'ancien lycée transformé en bâtiment des atrocités.
Je ne comprends pas non plus la position de l'ONU. Même l'argumentation est stupide. Le Génocide est un massacre de masse de populations civiles. Cela n'a pas besoin de davantage de précisions. Quand à la sélection des victimes (article 6) elle était bien fondée sur un "groupe national" puisqu'à 2 Millions de persécutés d'une façon ou d'une autre, c'est toute une nation qui est visée par son tyran. C'est profondément choquant, voire révoltant.
Merci pour ce moment de frissons. Il est bon de se secouer la poussière que la vie vient quotidiennement et sans relâche déposer sur le manteau de notre insouciance, de déranger la pensée banale qui émerge des esprits plongés dans la futilité du temps occidental.
...
ED