Reportage Visages du Monde, TDM - © Eric Dutu
Antigua est l’un des joyaux du Guatemala. L’ancienne capitale, fondée par les Espagnols en 1543 mais complètement détruite par un séisme en 1773, était reconnue à l’époque comme l’une des plus belles villes des Indes Espagnoles. De 60 000 habitants, la population est passée aujourd’hui à 27 000. Palais, églises, couvents… ce sont des ruines que l’on visite.
La région compte parmi les zones sismiques les plus actives au monde, et les tremblements de terre testent régulièrement la solidité des quelques habitations reconstruites.
Ici rien n’est éternel, et cela rajoute à la beauté intemporelle de cette ville classée depuis 30 ans au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Alors même si la sécurité des habitants et des voyageurs dépend directement de l’humeur de notre bonne vieille terre, nombreux ont tenté le pari d’y vivre pour profiter de la beauté du site et du tourisme qui évite la « nouvelle » capitale Guatemala City, autrement plus dangereuse du fait de son niveau de criminalité.
C’est par l’un de ses bus que nous sommes arrivés hier au cœur d’Antigua.
Nous étions inquiets de quitter notre pension qui nous servait de bunker, vulnérables en mettant le nez dehors pour aller prendre un bus à la gare routière, un jour férié de surcroît. Il faut croire qu’un instant notre bonne étoile est revenue, car nous sommes tombés sur des gens formidables qui nous ont guidé et transporté en toute simplicité et dans la bonne humeur. C’est aussi ça, le Guatemala…
Première image : celle du volcan,
dont la silhouette majestueuse nous rappelle que si les séismes sont fréquents, les éruptions volcaniques le sont aussi : une autre menace pour la ville.
Comme d’habitude, aucune réservation et c’est in extremis que nous avons pu profiter d’une offre alléchante pour une chambre sur cour avec plantes grasses et perroquets. Tiens, on s’y sentait si bien qu’on n’a pas pensé à la prendre en photo !
Il faut dire que nous sommes encore marqués par l’expérience de Guatemala City et que par conséquent les appareils sont plus souvent rangés au fond du sac.
Des nombreuses églises d’Antigua, la première que nous visitons est encore debout, et pour cause : elle a fait l’objet de nombreuses restaurations et reconstructions.
Le bâtiment ne conserve que peu de choses de l’église d’origine, la Chapelle du Frère Pedro de San José Betancourt,
un moine franciscain qui au XVIème siècle avait fait construire un hôpital pour les pauvres. De nombreuses plaques témoignent de la gratitude que lui témoignent des générations de fidèles :
Plus loin, cette autre église fait penser à un décor de théâtre :
Une haute façade bien conservée mais qui n’aboutit sur rien, la porte n’étant là que pour éviter que l’on passe en-dessous des ruines, les pierres pouvant s’ébouler à tout instant.
En revenant vers notre hôtel, nous longeons les ruines d’un ancien couvent. Les lianes et les arbres qui poussent au milieu des murs rappellent l’ambiance des temples abandonnés d’Angkor au Cambodge. Ambiance mystique garantie…
Les restes les plus impressionnants sont sans conteste ceux de l’Eglise et Couvent de la Recoleccion.
Construits entre 1701 et 1708, tout a été détruit par le séisme de 1773.
Cet imposant escalier mène sur un champ de ruines.
De gigantesques blocs de pierres et de briques gisent sur le sol :
On paraît si petit en-dessous !
Entre deux blocs, Laure apparaît minuscule…
Pour avoir un peu de recul, il suffit d’escalader ces rochers.
De là-haut, on aperçoit la ville
et les montagnes, qui ne semblent plus si imposantes !
Au fond du site, là où jadis se tenait le couvent, les parois sont toujours debout malgré l’érosion et le feu qui a semble-t-il brûlé tout le toit :
Mais les nombreuses fissures laissent penser que le prochain séisme sera fatal aux restes de ce monument,
le mieux préservé étant ces longs couloirs voûtés où subsistent des traces de peinture et des motifs sculptés en haut-relief :
Pour plus d’images de ce spectacle de désolation, voici une petite vidéo :
A Antigua, l’Homme est bien peu de choses face à la nature qui régulièrement exprime sa violence depuis les entrailles de la terre.
Cette autre église a ainsi été décapitée de la partie droite de sa façade…
mais curieusement, les façades sont pourtant le moins souvent exposées aux tremblements de terre, comme si elles cherchaient à leur tenir tête et témoigner de la splendeur d’une ville éteinte qui arbore ses restes avec toujours autant de fierté :
Désormais, on comprend pourquoi les maisons comptent rarement plus d’un étage !
Et pour finir sur une note optimiste, nous visitons un palais aux arcades en brique
qui entourent une imposante fontaine
aux sculptures en excellent état de conservation…
Ouf, il y a tout de même de beaux restes ! Nous irons fêter ça à l’hôtel avec un dîner de fruits et légumes arrosés au punch : ça fait du bien après 3 jours aux Etats-Unis !
Et puis vlan. Stupeur et tremblements : soudain les murs tremblent, le sol bouge, les objets basculent dans la chambre d’hôtel, la lumière s’éteint, un grand silence parcourt l'hôtel : nous vivons un nouveau séisme. On ne bouge plus, on attend de voir ce qu'il arrive, impuissants. Le miroir se décroche du mur, on retient notre respiration... saisissant !