Reportage Visages du Monde, TDM - © Eric Dutu
Prêts pour la visite ?
Nous n’avons qu’à marcher 100 mètres depuis notre lodge pour atteindre l’entrée du Parc de Tikal. Là, une Meleagris ocellata (une dinde, quoi !) nous accueille par de curieux « puk-puk ».
Plus petite que notre traditionnelle dinde de Noël, son plumage est étonnant : du bleu brillant, du bronze, du vert… des couleurs étincelantes quand exposées au soleil. C’est l’une des deux seules espèces de dinde sauvage au monde, et bien que commune à Tikal elle est en voie d’extinction en Amérique Centrale. Avouez, vous ne la verrez plus comme avant, cette galinacée !
Un peu plus loin, un magnifique pic à bec clair nous alerte par ses coups de bec secs
comme un tambour.
Pas facile à voir dans la jungle épaisse, seuls ses tac-tac-tac nous permettent de le localiser.
Un peu de patience et nous finissons par en capturer une image correcte :
Au bout du chemin, l’arbre national du Guatemala : le kapokier, localement appelé Ceiba. Cet arbre immense répand ses branches au-dessus de la forêt. A son pied, on se sent bien petit !
Voilà un arbre extraordinaire qui est un écosystème à lui tout seul. Orchidées, fougères, cactus
et broméliacées prennent racine dans les fissures de son écorce,
et il n’est pas rare d’y voir quelques iguanes prendre le soleil en son sommet. Arbre sacré pour les Mayas, il peut atteindre 70 mètres de hauteur et 2 mètre de diamètre.
Désormais familiers avec ces symboles de Tikal, nous démarrons notre incursion dans la jungle. Ici
rien n’est à échelle humaine, même le plan du Parc est haut de 3 mètres !
Il faut s’imaginer un territoire de 600 kilomètres carrés où des dizaines de pyramides restent aujourd’hui encore recouvertes par la jungle.
Certaines ont été restaurées et cette cité qui comptait autrefois 100 000 habitants est un labyrinthe où l’on découvre derrière des arbres géants : temples, terrasses, plates-formes et centres cérémoniels…
Nous concernant, un pile ou face décidera de la direction à prendre : à droite, toute ! Ce n’est pas le chemin le plus fréquenté et c’est tant mieux. Nous marchons à 2 au cœur de cette jungle où le silence est rompu par les cris d’oiseaux et les brindilles qui se brisent sous nos pieds.
Comment dire… c’est une expérience unique d’être seuls dans des plus beaux trésors de l’Humanité. En sortant des chemins de randonnée on respire la forêt humide au parfum de mousses, on rencontre de drôles de fourmis qui portent plusieurs fois leur poids en équilibre sur la tête,
on voit des oiseaux qui basculent tête en bas pour nous observer et lancer des cris d’alarme…
Nous sommes à 50 mètres sous la canopée et rien qu’en levant la tête, le spectacle est à couper le
souffle.
Du vert, des feuilles, des branches, des arbres, des lianes, de la chlorophylle, de l’oxygène, de l’air… une grosse bouffée d’air pur…
Voilà une idée des proportions :
vous le voyez, le petit homme vert ? 1,84m !
Après une heure de marche nous arrivons à notre première pyramide, partiellement recouverte de végétation.
Le site est si étendu que toutes n’ont pu être restaurées. Sur celle-ci, quelques arbres ont été
épargnés pour donner une idée de la vigueur de la végétation :
Sur celle-là, davantage ont été épargnés car bien que le poids des arbres pèse sur les pierres,
les vigoureuses racines les maintiennent scellées.
Chaque butte cache une structure de 1000 à 2000 ans d’ancienneté, et si les travaux de remise en
état n’ont pas commencé, les archéologues ont au moins pris le temps de chercher une porte d’accès vers un éventuel trésor :
Les mousses et lichens ont envahi les monuments à la recherche d’interstices frais et humides où
ils prospèrent en donnant à l’ensemble une ravissante couleur verte.
La photo suivante illustre le travail titanesque de rénovation pour les bâtiments les plus
abîmés :
à gauche, sous un tas de racines se cache une ruine ; à droite, sous les échafaudages, un tas de pierres remis en ordre pour reformer le temple originel.
Dans quelques années, la nature aura repris du terrain et les pierres à nouveau vertes recréeront cette ambiance de monde perdu si caractéristique de ces villes d’un autre temps nichées au cœur de la jungle...
Rassurez-vous, il y a des zones en parfait état de conservation, et en plus préservées de l’afflux des touristes : que du bonheur !
Afin de revivre ces instants de plénitude au sein d’un site à la fois classé par l’UNESCO pour son architecture et son milieu naturel,
voici un court extrait vidéo de notre première journée à Tikal :
Par chance, nous avons suivi ce jeune, dont Eric nous livre les 4 étapes du déjeuner en images :
Où est le fruit ?
Je l'ai vu !
Je gobe le fruit
Je l’ai, je me fais la malle !
L’heure tourne et déjà le soleil faiblit. Nous profitons de l’occasion pour monter au sommet de
l’une des plus hautes pyramides de Tikal, environ 65 mètres.
Une hauteur raisonnable, mais une pente raide et un escalier à donner le vertige aux plus téméraires !
Pour monter, c’est un par un, les deux mains agrippées aux rampes et sans regarder en bas. Pour ne pas se croiser, la montée et la descente se font dans 2 escaliers différents. Ca a l’air bête comme ça, mais il y a eu une chute mortelle il y a 2 ans…
Le spectacle est à la hauteur des sensations de la montée : nous sommes cette fois au-dessus de la canopée et de là-haut on aperçoit sur des dizaines de kilomètres la jungle du Petén, l’un des plus beaux écosystèmes au monde.
Les rayons du soleil dorent le sommet des arbres
et très vite ses rayons prennent une couleur rouge-orangé qui nous laisse bouche-bée.
Ces sommets de pierre ont été construits par l’homme il y a des siècles et des siècles, et servent aujourd’hui de repères aux animaux qui ont repris leurs droits dans un environnement préservé.
Sous cette latitude, il fera nuit d’ici vingt minutes, et il n’est pas question de se laisser piéger au cœur de la jungle, royaume du puma ! Nous descendons les marches au plus vite (quelle épreuve !) et par chance, nous retournons au campement en longeant une pyramide cachée sous son manteau vert.
Seul un trou béant trahit sa présence : à la recherche du trésor du roi Cacau (chocolat), nous arrivons trop tard, il n’y a plus rien à se mettre sous la dent !
La récompense, elle viendra un peu plus tard, lorsque vient l’heure de l’apéritif : jus de fruit, tomates et carottes.
Du 100% nature à Tikal !
En effet, les rencontres sont parfois colorées et dangereuses ! Mais en principe, les mygales sont discrètes et préfèrent la fuite à l'approche de nos pas (les importantes vibrations leur signale un danger)
ED
Voilà de quoi réveiller quelques beaux souvenirs sans doute, merci de votre commentaire
ED
Guillaume
Que du bonheur ;-)
ED